- Yannick Seigneur (1941-2001) -
un conseiller technique au sommet

Avril 2017
HISTOIRES D'ALPINISME - n°3


Yannick Seigneur, le premier français à gravir trois «8000 » (des sommets de plus de 8000 mètres d’altitude) est considéré comme un de guide les plus doués de sa génération. Il a d’ailleurs croisé au début de sa carrière un certain Lionel Terray qui l’a aidé à prendre son envol.

L’enfance de Yannick se déroule entre Paris, où ses parents travaillent et Megève où ses grands-parents agriculteurs habitent. Il apprenait à garder les moutons lors de ses passages en Haute-Savoie. Il se rend ensuite à Lyon pour poursuivre ses études à l’INSA afin de devenir ingénieur.                              

Il découvre à cette époque l’escalade au cours de week-end sur les rochers et falaises du Vercors et de la Chartreuse. Les escapades étudiantes lui donnent le goût de la montagne. Contre l’avis de ses parents il décide, en parallèle, de suivre la formation de guide. Les pressions parentales et le fait qu’il savait qu’on ne gagnait pas bien sa vie avec le métier de guide font qu’ il hésite à se consacrer entièrement à la montagne

Il débute sa carrière d’ingénieur chez Pomagalski et Rossignol, vous remarquerez que ces entreprises ne sont sûrement pas choisies au hasard. Malgré cela, il hésite encore entre les deux métiers. Il prend finalement son indépendance en 1965 et quitte les bureaux mais il garde un pied dans la conception en devenant conseiller technique pour plusieurs marques. C’est là que nos chemins se croisent.

Pour Julbo, Yannick est un développeur et testeur de premier choix, il gravit le Makalu en 1971 par le pillier ouest, il réalise une première et cette ascension est sans doute l’un de ses plus beaux exploits. Il retournera souvent dans l’Himalaya pour mener des expéditions. Il ira entres-autres au sommet de l’Everest en 1980. 

Mais ce qui intéresse Yannick, et ce qui fait sa singularité, c’est le style alpin qu’il s’impose et la difficulté des voies qu’il choisit. Il n’est pas question pour lui de prendre la voie normale ou de faire un sommet juste pour remplir le tableau de chasse. C’est ce qui ressort des témoignages de ses clients et compagnons de cordée, il ne veut pas faire le « guide-taxi ». Yannick emmenait les gens au-delà de leur zone de confort et les faisait progresser. 

Décrit comme quelqu’un de libre, indépendant, heureux et qui prenait son métier très au sérieux, la collaboration avec Yannick a vu naître un « pro model »que vous pouvez voir sur ces brochures d’époque. 

Le pro-modèle Yannick Seigneur

La forme ronde des verres que vous avez vus sur le nez de Lionel Terray est revue au profit d’un verre plus gros, plus enveloppant. L’apparition d’un support de nez réglable est une première dans la gamme des lunettes de glacier chez Julbo. Les verres sont miroités pour augmenter la protection spécialement dans les cas de fortes réverbération (neige, glace, haute altitude…) et ils sont travaillé afin d’éviter les déformations d’image. 

Ces caractéristiques techniques peuvent vous paraître banales, mais à l’époque c’était quelque chose de relativement nouveau. Il aura fallu que les hommes s’attaquent aux montagnes et découvrent tous les dangers qu’elles comportent pour la vue(ophtalmie des neiges, érythropsie, white out syndrome) pour que l’on propose des protections adaptées. Et le fait que nous avions équipé les plus grandes expéditions de l’époque nous offrait un retour du terrain d’une valeur inestimable.  

Yannick Seigneur marque pour Julbo le début de nombreuses collaborations passionnantes avec les athlètes...